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A



La traduction sonore de la lettre a ne s’est pas fondamentalement modifiée depuis le latin classique, ce qui ne veut pas dire que tous les a du latin aient passé tels quels en français. Au contraire, beaucoup d’a latins ont disparu en roman, et en particulier la plupart des a accentués qui ont évolué en e (par exemple mare > mer), caractéristique qui distingue le français des autres langues romanes.

Pour les périodes qui nous intéressent, on peut considérer qu’un a écrit isolé a en principe le son [A]. Reste à discuter de l’opposition entre a antérieur ([a]) et a postérieur ou vélaire([ɑ]) qui existe en français standard, quoiqu’elle ait actuellement tendance à s’estomper.

a en français standard

On admet qu’à l’origine, le français ne connaissait qu’un a, plutôt antérieur. Dès le xiie siècle, certains a s’allongent. Ce sont ces a longs, ou tout au moins la plupart d’entre eux, qui se vélariseront ensuite, à une date indéterminée mais qui, en parisien vulgaire, pourrait se situer au Moyen Âge déjà, pour donner les a postérieurs du français standard..

En syllabe accentuée, les arbitres du français standard reconnaissent classiquement l’a postérieur ([ɑ]) dans les contextes suivants1 (aucune des listes d’exemples n’est exhaustive, et plus d’un point ne fait pas l’unanimité) :

  1. Lorsqu’il y a eu contraction vocalique : *aetaticum > eage > aage > âge, *bataculat > baaille > baille.

  2. Avant un s antéconsonantique amuï : pastam > paste > pâte, asinum > asne > âne. Et, plus généralement, lorsque l’a prend un circonflexe, quelle qu’en soit la raison.
    Font exception : les imparfaits du subjonctif en -ât (< -ast), les formes du passé simple en -âmes, -âtes (si tant est qu’on puisse encore parler d’un « usage commun » pour ces formes qui ont pratiquement disparu de la conversation).

  3. Avant un s final, prononcé ou amuï : hélas, mas, (bassum) > bas, gras, las, pas.
    Font exception : bras (< brachium), fracas, cervelas, embarras ainsi que les formes verbales en -as du présent (tu as), du futur (tu chanteras) et du passé simple (tu chantas), dont l’a est antérieur pour Grammont, légèrement postérieur et bref pour Fouché.

  4. Dans les mots en -ase, sous l’effet allongeant du son [z] : case, extase, vase, embrase.

  5. Dans les mots en -ave, sous l’effet allongeant du son [v] : esclave, lave, bave, rave. L’usage actuel est particulièrement flottant pour ces mots, dont l’a est considéré comme postérieur et long par Fouché, comme antérieur et long par Grammont et comme antérieur par le Petit Robert, à l’exception d’esclave pour lequel il hésite entre [a] et [ɑ].

  6. Dans un grand nombre de mots en -asse (en général ceux pour lesquels il existe un analogue en -as) : amasse, basse, lasse, tasse, grasse, (par analogie avec amas, bas, las, tas, gras).
    Font exception : les mots en -asse qui n’ont pas d’analogue en -as, comme crasse, carcasse, chasse, paillasse, terrasse.

  7. Dans la plupart des mots en -aille : bataille, caille, Versailles, saille, trouvaille, taille.
    Font exception : les formes verbales qui ont gardé (ou repris) un a antérieur par analogie avec un substantif en -ail (il travaille, il émaille), ainsi que il tressaille, les subjonctifs aille, faille, vaille et le substantif médaille, où l’on a aujourd’hui [a].

  8. Dans certains mots isolés (Fouché qualifie d’« expressifs » certains de ces [ɑ] pour lesquels il ne peut fournir une explication phonétique) : grâce, macabre, glabre, candélabre, accable, miracle, oracle, affres, âcres, hâble, fable, sable.

  9. Dans certains mots en -an(n)e ou -am(m)e : âme, flamme, blâme, damne, clame, Jeanne. Dans cette situation, l’a, qui, selon certains théoriciens, avait subi une nasalisation au Moyen Âge, s’est dénasalisé en [ɑ], probablement vers la fin du xvie siècle. Pour des raisons mal élucidées, d’autres dénasalisations ont conduit, en français standard, à des [a] : dame, femme, profane, canne. Ce cas n’est mentionné ici que pour mémoire et sera discuté au chapitre des voyelles nasales.

En syllabe inaccentuée, la situation est encore plus confuse car l’opposition [a]-[ɑ] est moins nettement et moins constamment marquée. Il est presque impossible de dégager des règles générales. Signalons seulement la présence de l’a postérieur dans les contextes suivants :

  1. Dans les mots en -ation : nation, indignation, prononciation, quoique cet usage tombe aujourd’hui en désuétude. Il a de tout temps été particulièrement flottant.

  2. Dans les mots qui s’écrivent avec a circonflexe : pâté, château, bâton.

  3. Lorsque des mots de la même famille ont un a postérieur en syllabe accentuée : lasser, envaser, tailleur.

Il est bien clair que l’usage réel, même si l’on se restreint aux Parisiens instruits, voire aux seuls phonéticiens (!), est sujet à de nombreuses hésitations et que ce tableau des a postérieurs doit être interprété avec une certaine prudence.

L’ère des scribes

Les faits d’écriture pouvant témoigner de la présence précoce de l’a postérieur en français sont rares et sujets à caution. Fouché2 mentionne des graphies chaustel, bauston (pour chastel, baston) dans certains textes anglo-normands du xiiie siècle, qui traduisent peut-être une vélarisation précoce de ces a longs.

Dans les chansons de geste, textes souvent anciens (antérieurs au xiiie siècle), il n’existe pas de distinction entre deux types d’a. Ainsi, il n’est pas rare de trouver des a destinés à rester brefs en assonance avec des a qui deviendront longs3. Cela n’est guère étonnant si l’on se souvient que l’assonance repose sur une tradition qui est largement plus ancienne que les premiers allongements de a.

L’étude des rimes est nettement plus instructive : en effet, en prononçant les a selon les canons du xxe siècle, on obtiendrait de nombreuses rencontres d’a postérieurs et d’a antérieurs, censés rimer ensemble. De telles rimes sont déjà fréquentes à l’époque des trouvères : Gautier de Coinci fait rimer grace avec face4  on trouve, chez Rutebeuf5, fable : aimable, cas : as (verbe), bataille : aille. Plus tard, Machaut accumule les rimes de ce type6. Elles sont innombrables chez les poètes des xve et xvie siècles, ainsi que dans les tables de rimes données, dès le xve siècle, par les Arts de seconde rhétorique7.

Les dictionnaires de rimes de la fin du xvie siècle, ceux de Tabourot, Le Gaynard et La Noue, les admettent également dans une large mesure. Le Gaynard cite plusieurs rimes « [a]-[ɑ] » prises chez les meilleurs auteurs de son temps (laqs : bras, plat : degast, efface : surpasse, fasche : sache, eguale : masle, Royalle : masle, grate : apaste, haste : plate).

L’apport de La Noue est très éclairant (tabl. 1). Alors qu’il marque on ne peut plus nettement l’opposition a long - a bref, il se montre particulièrement tolérant (beaucoup plus que pour d’autres voyelles) quand il s’agit de faire rimer ces deux a, à condition bien sûr que le diseur accorde leur prononciation, le plus souvent en conférant « l’accent long » à celui qui l’a bref. En parcourant le tableau ci-dessous, on se rend compte que l’opposition a long - a bref qu’il reconnaît recoupe en bonne partie l’opposition [a]-[ɑ] du français standard. C’est notamment le cas chaque fois qu’un a postérieur résulte de l’amuissement d’un s implosif. C’est aussi le cas pour âge et bâille, dont l’a postérieur résulte de la contraction de deux a étymologiques.

On remarque toutefois qu’il associe voyage à âge, peut-être parce qu’il s’agit d’une rime particulièrement courue, et que dans le cas de -aille, tous les mots, y compris ceux que le français standard s’est mis à prononcer a antérieur, ont l’a long, à la seule exception de baille qui répond directement à bâille.

A bref (ou pas d’opposition mentionnée)

A long

a (quelle que soit la consonne précédente) :

La Noue associe aux mots en -a les singuliers des mots haras, materas, bras, dont il ne prononce pas l’s.

ac : bac, lac, sac

arc : arc, marc, parc

ard, art : brancard, dard, retard, art, escart, part, quart

arts : les plur. des noms terminez en art y adiooustant vne s, comme estendart, estendarts. On peut rimer à ceux en ars.

ars : ars, mars, Iakmars, espars, gars, Iars, pars

abe : gabe, syllabe

arbe : barbe, garbe

ace : une seule catégorie contenant tous les mots en -ace, y compris grâce et ses composés.

Ceste terminaison peut rimer auec celle en Asse, qui a la penultiesme breue, veu qu’elle a la mesme nature, hormis grace & ses composez, qui l’a longue & qui se doit apparier a ceux en Asse à la penultiesme longue […] On n’en fait pourtant point de difficulté, en les lisant seulement, on obserue de bailler l’accent long à ceux qui ne l’ont point. Qu’on en vse donc, mais qu’on sçache que qui s’en peut abstenir fait la rime plus parfaite.

aces : graces

Item la terminaison en ace & asse y adioustant vne s.

asse : chasse, paillasse, masse, crasse, crevasse

Encores que ceste terminaizon ayt deux S. elle a pourtant la penultiesme breue, car elles n’y sont que pour euiter qu’on luy baille la pronontiation du z que l’vsage a gagné estre donnee à l’S seule entre deux voyelles, aussi les ditz deux S, se doibuent prononcer en la derniere syllabe & non pas separees, ainsi qu’e s’il y auoit un C.

Ceste terminaison se peut à bon droit aparier à celle en ACE qui a la penultiesme breue comme à celle dont elle ne difere point en prononciation. Mais à la suiuante que ne luy ressemble point en cela, ains en orthographe seulement. Ce sera bien fait de s’en abstenir. Si on dit que tout le monde le trouue bon. Il est à croire puis qu’ils aprouuent ceste contrainte, que les ver où elle ne sera point leur sembleront encore meilleurs, & c’est chose si facile à obseruer en telle quantité de motz qu’on n’y aura point de peine.

La Noue ne connaît pas d’opposition de quantité entre chasse (exercice) et châsse (d’un Sainct) : les deux mots figurent dans cette catégorie

asse : basse, casse, lasse, passe, amasse, tasse

En ceste terminaizon (au contraire de la precedente) les deux S. se doiuent separer chacune en sa syllabe, aussi la penultiesme y est elle longue.

On peut rimer auec ceste terminaizon le mot grace & les composez. Au reste on lira l’annotation de la terminaizon en ace & l’annotation de celle en asse (penultiesme breue) pource qu’il y a de difficulté en leur assemblage auec celle cy.

arce : farce, garce

Item la terminaizon en Arse

ade : aubade, œillade, parade

arde : arde, barde, carde

ardes : ardes gardes

Item la terminaison en Arde y adioustant vne s.

afe : parafe, agrafe

age a la penultiesme breve (La Noue écrit longue mais c’est manifestement une coquille) : herbage, cage, gage, dommage, orage, page

age a la penultiesme longue : age ou aage, voyage.

Pource qu’il y en a si peu, il ne faut point faire difficulté de les rimer auec la terminaison suivante [age bref] à laquelle on baillera l’accent de ceste-cy les rimant ensemble.

arge : charge, large, targe

ague : bague, dague, vague

ache : ache, cache, vache.

Il ne semble pas qu’il soit licite d’assembler ceste terminaizon auec celle en Asche pource qu’elle a la penultieme longue que celle cy a breue […] Si c’estoit que l’accent de l’vne se peult accommoder à l’autre ; on le pourroit faire, mais elles ne peuuent changer celuy qu’elles ont sans grand’ contrainte.

aches : bouraches

V. les pl. en Ache

asche : fasche, lasche, tasche.

Qui veut rimer auec la terminaizon en Ache il s’emancipe trop.

arche : marche, arche

ale : bale, cale, principale, royale

Ceste terminaison a la penultiesme breue, & partant ne s’accorde point avec celle en Asle qui l’a longue […] Partant sera il bon de ne les apparier, ce que la quantité rend facile.

asle : asle, masle, pasle, rasle

Ceste terminaizon a la penultiesme longue, que celle en Ale a breue. Partant ils ne riment pas bien ensemble.

able (une seule catégorie) :

La plupart des mots terminez en Able, sont noms verbaux adiectifs, desquels il y a ici seulement de specifiez quelques vns dont on vse plus communement.

probable, admirable, favorable, erable etc.

Les suiuans ont la penultiesme longue, lesquels on ne fait point difficulté de rimer auec les precedents quoy qu’ils l’ayent breue, pour ce qu’en les prononceant on la leur allonge sans qu’il sonne gueres mal toutesfois ce sera le meilleur (qui pourra) de les apparier sans contraindre leur accent, ou (au pis aller) de choisir de part & d’autre ceux qui s’y peuuent mieux accommoder.

cable, accable, fable, affable, diable, capable, coulpable, râble

acle (une seule catégorie) : maniacle, pinacle, miracle, oracle, spectacle, obstacle

Les precedents ont la penultiesme breue, toutesfois pour rimer auec le suiuant qui l’a longue, ils s’accommodent assez bien à prendre son accent.

râcle

afle (une seule catégorie, sans mention explicite de quantité, mais trois mots sur cinq portant un circonflexe) : râfle (ieu de dez), rafle (ioue à la rafle), rafle (faire un rafle à la guerre, c’est ne laisser rien par où on passe), râfle, esrâfle (ou esgratignure).

aille (une seule catégorie) :

baille : Cestuy cy seul en ceste terminaison a la penultieme breue, toutesfois il reçoit fort bien bien la longue aussi, laquelle on lui baille ordinairement, il la faut faire sonner encore plus longue en celuy qui suit.

aille, baaille, caille, ecaille, racaille, medaille, maille, paille, taille, vaille

La Noue, probablement, reconnaît une opposition de quantité entre baille (« donne » < bajulare), qui est bref, et bâille (« ouvre la bouche » < bataculare) qu’il note aussi baaille conformément à l’étymologie, la longueur s’expliquant ici par la contraction vocalique. Par contre, il semble admettre que tous les mots en aille pour lesquelles il n’existe pas de paire a bref – a long ont leur pénultième longue.

ailles : fiançailles, semailles, funerailles, entrailles, espousailles, represailles

Item la terminaison en aille adioustant vne s.

arle : parle

agme : dragme, diaphragme

alme : calme, psalme

arne : carne, lucarne, acharne, marne

ape : cape, chape, grape, trape

aspe sans prononcer l’S: raspe

Qui se veut seruir de ceste terminaison, il est force de la rimer auec celle en Ape. Quoy qu’il soit for rude, pour auoir ceste cy la penultiesme longue que l’autre a breue. Il faudra adoucir l’accent de cette cy pour l’y accommoder.

arpe : carpe, harpe, escharpe, sarpe

aspe avec prononciation de l’S : jaspe

aque : caque, zodiaque, demoniaque, claque, flaque

Pource que ceste terminaizon a la penultiesme breue, il est rude de la rimer à celle en Asque, qui n’exprime point l’S, d’autant qu’elle l’a longue. Toutesfois au besoing on s’en seruira […]. Mais il faudra adoucir son accent au plus pres de cestuy-ci

asque sans prononcer l’S : pasque, Iasque

arque : barque, marque, monarque, aristarque, parque

asque où l’on prononce l’S : casque, flasque, masque bourrasque

are : barbare, fanfare, tiare, declare, mare, pare

Qui se pourra garder d’assembler ceste terminaizon à la suyuante fera bien, car la penultiesme breue de ceste cy rencontre mal auec l’autre qui est longue […]. Toutesfois comme il y a si peu de mots à la suyuante, & que l’ysage a rendu quelques vns de celles cy capables de s’accommoder à son accent. On y en pourra choisir des plus propres.

are : gare, rare, auare

arre : arre, barre, carre, marre narre. bizarre

On pourra rimer auec celle en Are penultiesme longue

arres : barres

Item la terminaison en Arre adioustant vne s.

abre : cabre, delabre, cinabres

arbre : arbre marbre

acre : diacre, nacre, sacre, massacre, pouacre

adre : ladre, esquadre

On peut rimer auec la suiuante terminaison, veu le peu de mots qu’il y a ici encore que l’vne ait la penultiesme breue, & lautre longue, c’est necessité.

adre : madre

ardre : ardre, espardre

afre : balafre

Il est force à qui se veut seruir de cette terminaizon qu’on lui baille l’accent de la suyuante

afre : afre (pour peur), safre

Item la precedente terminaizon en Afre (penultieme breue)

afres : afres

Item la terminison en Afre adioustant vne s.

agre : podagre, chiragre

apre : diapre

La necessité contraint de rimer auec la terminaizon en Aspre, cy apres, quoy qu’elle ayt la penultiesme longue, on l’alongera à ceste cy

aspre sans prononcer l’S : aspre, caspre

Item la terminaizon en Apre

atre : batre, combatre, quatre

Ce seroit bien fait de s’abstenir d’apparier ceste terminaizon auec la suyuante & celle en Astre, qui ne prononce pas l’S pour le different accent qu’elles ont en leur penultiesme. Mais outre que la pauureté de ceste-cy en dispence, l’vsage a desia gagné, qu’à force de les assembler, ceux-ci s’y accommodent assez bien à l’accent long des autres.

atre : theatre, idolatre, paratre, maratre

Item la terminaizon en Astre qui ne prononce point l’S dont ceste cy ne differe fien de prononciation. On y pourra aparier la precedente apres en auoir lueu l’annotation

astre où l’S ne s’exprime point : alebastre, il chastre, opiniastre, pastre

Item la terminaizon en Atre

astres :

Aioustez les pluriels des noms terminez en Astre.

artre : dartre, chartre, martre, tartre

astre où on prononce l’S : astre, alebastre, pastre, désastre, poëtastre

avre par V consonante : haure, naure

apse : relapse, capse

arse : arse, esparse

Item la terminaizon en Arce

ate : beate, bate, avocate, delicate, flate

La plus’part des mots de ceste terminaison s’escriuent ordinairement auec deux t, toutesfois on n’en prononce qu’vn. Si on ne s’en contente, qu’on y mette l’autre, il n’est pourtant point necessaire. Au reste la terminaison en Aste ne conuient point bien auec ceste ci, qui a la penultiesme breue, veu qu’elle l’a longue […]. Il les faut donc apparier chacun à son pareil.

aste où on ne prononce point l’S : baste (de bâter), gaste, haste, paste, taste

Ceste terminaison ne doit estre appariee à celle en ate & encore moins à celle en aste où l’S est prononcee. Mais de droict il luy faut bailler rang à part

astes :

La plus part des mots de ceste terminaizon sont secondes personnes plurieres du premier preterit parfait indicatif des verbes terminez en er […]. Item la terminaizon en aste où l’s n’est prononcé, y adioustant vne s.

acte : acte, cataracte, contracte, exacte

alte : halte, exalte

apte : apte, capte, adapte

arte : carte, quarte, parte, tarte

aste où l’S est prononcee : baste (de baster), chaste, faste, vaste

ave : baue, caue, haue, laue, braue, graue, octaue

ave : naue

Nous empruntons cestuy-cy de l’Italien, lequel ayant la penultiesme longue, ne se peut aparier sans grande dissonance à la precedente terminaizon, on n’y sera point forcé si on ne veut, veu qu’on a plusieurs motz pour signifier cestuy là, comme nau, nef, nauire & autres plus particuliers, comme Carraque, Hourque, & ses semblables.

axe : paralaxe, taxe, syntaxe

aze : baze, gaze, raze, phraze, embraze, iaze

al : bal, verbal, musical, general, loyal

ail : ail, bail, bercail, detail, travail

ap : de-pied-en-cap, drap, hanap

apts : rapts au quel pource que le t ne s’exprime point on peut apparier hanaps plu. de hanap.

ar : car, char, braquemar

as :

Les suyuants ont l’accent bref estantz au plurier. Quant à leur singulier (ore qu’on les escriue tousiours auec l’S) il semble qu’on le leur deust oster, veu qu’on ne l’y prononce point, & partant se deuroyent rapporter à la terminaizon en A

haras, materas, bras

Item riment fort bien icy les terminaizons en ats et asts qui ne sont autre que les pluriers de la terminaizon en at & en ast qu’on formera y adioustant une s ou un z comme Esclat Esclatz, Appast Appastz. Mais les verbes sont changez de la tierce personne en la seconde, comme Bat Batz, Il debat, Tu debatz &c. Cependant, ores qu’ils different d’orthographe auec ceux-cy, ils n’en sont point differens de prononciation, si ce n’est (comme il a esté dit cy deuant) que ceux-cy [ceux en ast ?] ont l’accent long que les autres ont bref. On peut aussi se seruir à la necessité, de quelques pluriers de la terminaizon en ac qui ont l’accent long, mais non de tous indifferemment iusqu’à ce que l’vsage lea ayt adoucis d’auantage. On poura prendre Almanacs, Estomacs, bissacs & plus rarement des autres, leur ostant toutesfois le c afin de les conformer tant plus à ceux cy.

ats :

Il faut recourir à la terminaison en at & y adjouter vne s, qui change des noms du singulier au plurier, comme le prelat, les prelats, & les verbes de la tierce personne sing. de l’indicatif pres. en la premier & seconde, comme Il bat, ie bats & tu bats. Au reste ils ont l’accent brief, & se doiuent rimer auec ceux de la terminaison en as qui l’ont tel.

as :

toutes les secondes personnes en -as (passés simples et futurs), as, bas, cas, fracas, tracas, las !, pas, gras, soulas, brouillas, damas, frimas, repas, ras, tas

Il est vray qu’on peut faire icy vne observation encore plus particuliere, qui enrichira la rime de beaucoup de douceur, si on se veut peiner de l’y astraindre, c’est d’assembler les mots seulement qui ont mesme accent, pour exemple Bas et Succombas ont l’accent long, & Esbatz & Combatz l’ont brief. Qui diroit donc, Iamais tu ne succombas // Aux plus furieux combatz. Il n’y a celui qui ne le iuge tres bon, tant pource que la rime est menee par vne mesme consonante, que pource que combatz n’est point beaucoup contraint pour prendre l’accent long de l’autre, mais si on le prononçoit brief comme il doit estre, il auroit mauuaize grace, & peut estre que tous les autres ne s’y accommoderont pas si bien. C’est pourquoy estanz chacun apariez à vn de leur sorte, ils coulent bien plus doucement, n’ayant la prononciation alteree d’aucune contrainte[…]. A ceste heure pourroit-on disputer s’ils ont meilleure grace, estanz de different accent pourueu qu’ils soyent guidez par vne mesme consonante, que quant ils ont l’accent semblable, & la guide de leur rime diuerse, (& l’vne & l’autre opinion se pourroit soustenir). Il semble pourtant qu’il importe plus que la similitude se rencontre en leurs consonantes rectrices de la rime, qu’en l’accent, pource que l’accent se peut déguizer, mais les consonantes, à peine.

Item […] les pluriers de la terminaizon en ac. Ceux qui l’ont brief, sont tous les pluriers de la terminaizon en at (hormis de Soldat) & les secondes pers. prez. du verbe Bastre & les composez, comme Bas, Rebas, Combas.

asts :

Les plur. des noms en ast adioustant vne s Degast degasts. Ausquels on pourra rimer ceux en as à l’accent long / toutes les terminaizons qui s’y apparient.

acts où on exprime le c : pacts, exacts

Pour ce que le t ne se prononce point ici on pourra fort bien rimer à la terminaison en acs. Il est vray que ceste cy a l’accent brief que l’autre a long, mais le peu de mots qu’il y a contraint de s’en dispencer, il faudra vn peu luy allonger l’accent.

acs :

Il faut recourir à la terminaison en ac & en faire des pluriers y adioustant vne s comme Lac Lacs, Sac Sacs. Au reste quelques vns de ces pluriers se peuuent accommoder à stre prononcez sans le c. Et en ce cas on les pourra rimer à la terminaison en as et dire Ce sont dangereux frimas // Aux debiles estomas au lieu d’Estomacs. Il faudra auoir le iuiement de discerner ceux que l’vsage a plus adoucis ainsi pour les employer, laissant les autres, & n’en vser pas tous les iours. Car ce que on se le permet, c’est par licence. On peut rimer aussi à la terminsison en acts.

Lacqs On escrit ainsi cestuy cy, pour ce qu’il vient du Latin Laqueus. On le pourra rimer à ceux en acs quand on le prononcera comme il est escrit, mais se prononçant sans le c & le q, comme il fait ordinairement, il s’appariera à ceux en as à l’accent long

abs : habs, trabs

at : tous les mots en -at, distribués dans les catégories bat, cat, dat, gat, iat, lat, mat, nat, pat, rat, ssat, tat, zat. L’éventualité de rimes at : ast n’est pas discutée.

ast : bast, degast, mast, apast

En ceste terminaison l’s ne se prononce point comme au mot chaste, mais comme en cestuy cy degaste, partant degast doit se proferer comme s’il estoit escrit sans s degat auec vn accent long seulement sur l’a.

act où le c s’exprime : pact, exact, contract

Ce dernier plus coustumierement se prononce sans l’expression du c, pour le rimer à ceux cy, toutesfois il l’y faut exprimer. Il peut rimer à ceux en at, où aussi il est placé.

apt : rapt

Tableau 1. Les rimes en a selon La Noue

Pour les finales masculines, La Noue se montre nettement plus discriminant que le français standard. Si l’on retrouve bien l’opposition bras - bas du français standard (La Noue tend à ne pas prononcer l’s du premier au singulier mais à le faire entendre au pluriel), on ne marque plus, aujourd’hui, l’opposition de quantité que La Noue entend entre succombas (a long) et combatz (a bref), opposition qui était sans aucun doute réelle dans la langue de La Noue, mais dont on peut douter qu’elle ait été universellement reconnue de son temps. On constate aussi que les formes verbales en -as ont cette dernière syllabe longue, alors qu’elle est antérieure en français standard.

Au xviie siècle, le dictionnaire de Fremont d’Ablancourt n’a rien conservé des annotations qui rendent si précieux le travail de La Noue : lorsqu’existent deux catégories qui pourraient s’opposer par la quantité, aucun renvoi ne vient autoriser, tolérer ou interdire leur appariement. Il y a de plus très peu de références directes à la quantité des a :

En revanche, aucune nuance de quantité n’est mentionnée, par exemple, pour ABLE, ACLE, AFLE ainsi que pour AS. Les remaniements ultérieurs qu’apportera Richelet à ce dictionnaire n’apportent pas d’élément nouveau en ce qui concerne les a.

Straka8 recense encore un nombre impressionnant de rimes « [a]-[ɑ] »chez les « grands auteurs classiques » (Racine, Corneille, La Fontaine et bien d’autres), comme en témoigne le tableau 2.

a postérieurs ([ɑ]) en fr. standard 

a antérieurs ([a]) en fr. standard 

âge (1)

mots en -age dérivés de la finale latine -aticum : courage, héritage, outrage, langage, voyage

folâtre, opiniâtre, idolâtre (2)

combattre, abattre

fâche, lâche (2)

cache, arrache, tache, sache

pas, trépas, bas, las, cas (3)

bras, fracas, auras, voudras, ainsi que les pluriels des mots en -at : éclats, chats, États

hâve (5)

esclave

grâce, basse, lasse, trépasse (6)

chasse, terrasse, face, glace, menace

âne (2), Jeanne, damne, mânes (9)

profane, soutane

âme, infâme, blâme, flamme (9)

femme, dame, lame, trame

Tableau 2. Rimes « [a]-[ɑ] » chez les auteurs du xviie siècle (d’après Straka)

Les mots de la colonne de droite riment avec ceux de la colonne de gauche. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux points énumérés ci-dessus pour le français standard.

On retrouve à gauche à peu près tous les contextes où le français standard exige des a postérieurs.

Pour Straka, il ne fait pas de doute que tous les a des rimes énumérées ici étaient, à l’époque, prononcés longs et postérieurs, y compris ceux des mots dont l’a antérieur aujourd’hui, et y compris dans le discours spontané. On voit alors mal quel a aurait pu échapper à ce basculement quasi généralisé des a en syllabe accentuée… Ce que n’a pas vu Straka, c’est que les rimes qu’il répertorie, loin de se calquer sur la prononciation du bon usage, impliquent au contraire que le diseur ou l’acteur, par un tour de métier, harmonise, lorsqu’elles se présentent, les rimes délicates. Et l’on peut postuler, à ce stade, que si de telles harmonisations étaient particulièrement faciles à pratiquer pour les a, c’est justement parce qu’il n’existait alors pas ou guère d’opposition de timbre entre a long et a bref. Il suffisait, au besoin, de « bailler l’accent long » à un a bref, tendance qui pouvait exister spontanément à la rime, pour en garantir l’harmonisation.

L’ère des grammairiens

Plantin9, dans ses Dialogues françois pour les jeunes enfans de 1567, mentionne que l’a circonflexe doit se prononcer « ouvertement »10 ; au siècle suivant, Lamy11 « prononce differemment » mâle et malle, sans préciser en quoi consiste la différence. Mais ce ne sont là qu’exceptions : les grammairiens, dans leur ensemble, ne connaissent pour a qu’un seul timbre vocalique et décrivent une opposition a bref - a long en lieu et place de l’opposition a antérieur - a postérieur du français standard. Ramus, l’un des pionniers, est particulièrement clair sur ce point, lorsqu’il écrit :

Il ny a en a, i, o, estans longs ou briefs aultre son, ny aultre puissance.12

Ce n’est que vers 1709 que Boindin13 définira clairement deux timbres, distinguant une « modification aiguë & fermée » ([a]) d’une « modification grave & ouverte »([ɑ]), ce « indépendamment de leur quantité », ouvrant la porte à la reconnaissance de l’a postérieur par les grammairiens. Il n’en rejettera pas pour autant l’opposition de quantité traditionnelle, pas plus que celle-ci ne disparaîtra d’ouvrages ultérieurs. Dans une édition de 1730 de l’Art de bien parler françois, de La Touche dit encore la même chose que Ramus :

Les Allemans prononcent l’à marqué d’un circonfléxe à peu près comme un é masculin ; mais en françois cet accent ne change point le son de l’a, & il ne sert qu’à le rendre long.14

C’est peut-être sous l’influence de Boindin que D’Olivet, en 1736, mentionne en passant un a « fermé, & bref » et un a « ouvert, & long », allant même jusqu’à définir un a « mitoyen, qui, pour l’ordinaire, rend la syllabe douteuse ». Mais cet auteur se préoccupe essentiellement de quantité et toute référence au timbre des a a pratiquement disparu de l’édition de 1771, où il n’est question que de brièveté et de longueur15.

La remarque de Plantin, exilé à Anvers, est intéressante : elle participe de cette acuité qu’ont parfois ceux qui observent le français de l’extérieur (on pense en particulier à un Palsgrave). On peut y voir une preuve que les a longs, ou certains d’entre eux, étaient déjà susceptibles, de son temps, de recevoir un timbre qui différait de celui des a brefs. Néanmoins, elle ne doit pas occulter le fait que, dans l’esprit des grammairiens anciens, et probablement aussi dans celui des locuteurs attentifs à leur prononciation, c’était la quantité ([A]-[]) et non le timbre ([a]-[ɑ]) qui était pertinente dans des oppositions comme tache-tâche ou patte-pâte.

Parmi les premiers grammairiens, Peletier a certes été attentif à la quantité des voyelles, mais son effort ne s’est pas porté de manière systématique sur celle des a. Dans son Dialogue, il ne distinque par exemple pas l’a d’opiniâtre de celui de quatre, pas plus qu’il ne marque comme long celui de grace16. Ailleurs, il lui arrive de noter la longueur d’un a par un accent aigu : « áprɇ, folátrɇ, hátɇ, páturɇ, apátɇ, pátoureau, pátouręttɇ17 ». Il écrit aussi « fascher, lascher », où l’s est selon toute vraisemblance une marque de longueur18.

En 1582, Henri Estienne prend position sur la quantité d’un certain nombre de a. Ceux de grace et aage sont longs « par nature » par opposition aux a brefs de race, trace, face, place, glace, rage, page. De même, a serait, en conformité avec la métrique antique, long « par position » lorsque suivi par plusieurs consonnes : grasse, lasse, basse, classe, brasse, passe, paste, gaste, taste, masle, pasle, masche, lasche, fasche, tasche, sache, cache, crache (mais pas dans vache, tache - salissure, hache), masche, lasche, fasche, tasche. Estienne insiste aussi sur des oppositions dans lesquelles la seule quantité est distinctive : tache - tasche, matin - mastin, pate - paste, male (valise – l’adjectif male est encore plus bref) - masle, hale (place du marché) - hasle, bale (fardeau) - Bâle ainsi que chasse (venatio) - chasse (brancard). Finalement, il tente de généraliser et de nuancer, déclarant plutôt longue la finale -asse (et en particulier celles de entasse, repasse et des subjonctifs imparfaits), par opposition à la finale -ace plutôt brève. Quant aux mots en -age dérivés de -aticum (village, personnage, auantage etc.), ils ont la pénultième allongée plutôt qu’abrégée (produci potius quàm corripi dicenda sit), mais cet allongement, dont on devine qu’il n’atteint pas le caractère long par nature (natura longum) d’un mot comme aage, ne doit qu’à peine se faire entendre. Les mots en -alement et -ablement sont aussi frappés de cet allongement relatif19.

Bèze est sans doute le grammairien qui, en quelques pages, a posé les bases théoriques de la quantité en français. Parmi les causes d’allongement qu’il répertorie (l’exhaustivité n’est pas son souci principal), cinq peuvent toucher des a :

Au xviie siècle, Oudin répertorie quelques a qui ont « l’accent long » :

Chifflet (tabl. 3) tente d’être plus précis. Alors qu’il respecte en général la règle de l’s amuï qu’on trouve déjà chez Bèze, il entend d’autres oppositions dont la logique, comme on peut le voir ci-dessous, n’est pas toujours apparente22.

Contexte

Exemples

Exceptions

a généralement brefs

mots en -ace et -asse

glace, chasse

tasse, grace, lasse, classe, basse, et verbes il casse, lasse, amasse, entasse, passe.

mots en -afe

geographe, paragraphe

mots en -age

courage, orage, enrage

âge, plage, page (de liure), image, adage, suffrage, naufrage, presage

mots en -ache

vache, cache, tache

tasche, fasche, lasche, masche

mots en -ape

attrappe

rape

mots en -aque

attaque

cloaque, opaque, vaque

mots en -abre

cabre, delabre

cinnabre

mots en -acre

massacre, nacre

simulacre, diacre, poüacre

mots en -adre

ladre, madre

esquadre

mots en -ate

abbate

paste, gaste, haste

verbes en -aue

il braue, il laue, il graue, il paue

il encaue son vin

a final

il va, il aima, il aimera, la, là, voilà

mots en -ac, -al, -ar, -at

sac, animal, tar, delicat, abbat

a généralement longs

noms (y compris adjectifs) en -aue

braue, graue, haue, suaue, caue, octaue

de la baue

mots en -ale, able, acle

pas d’exception

mots en -ade

barricade

malade, salade, fade

mots en -are

auare

il égare, il desmare, il pare & ses composez, separe, prepare, compare

mots en -atre

theatre

quattre, battre & ses composez

mots en -ase, aze

vase

il embrase

mots en -apre

aspre

capre, diapre

a devant s muette

mastin, gaster, taster

imparfaits du subjonctif en -ast

mots en -ard ou -art

Tableau 3. Le « discernement de l’A long & du brief » selon Chifflet

Hindret donne tout d’abord des paires de mots qui ne se distinguent que par la quantité de leur a, tous les a longs répertoriés ici résultant d’un s amuï : Basle (ville) : balle (petite boule à joüer, hasle (du Soleil) : halle (Place où on tient marché), mast (de navire) : ma (pronom), masle (mot qui sert à distinguer les deux sexes de l’animal), malle (sorte de valise ou de coffre), mastin (gros chien) : matin (partie de la journée), paste (farine détrempée) : pate (pié d’animal), las (pour dire fatigué) : là (en ce lieu), tascher (faire ses efforts) : tacher (gâter, emplir de taches), tasche (ouvrage) : tache (marque d’huile), sas (instrument à sasser) : sa (pronom)23. Il connaît du reste la règle générale qui veut qu’un s amuï allonge la voyelle précédente et il l’applique pratiquement sans restriction au cas de l’a, y compris aux formes en -ast de l’imparfait du subjonctif. il identifie aussi, comme cause d’allongement :

Les mots terminés en -ar, -ard, -art ont, en opposition avec leur pluriel, l’a bref 24. Puis, se restreignant aux pénultièmes syllabes, il désigne comme longues celles de tous les mots en -are et en -ase ainsi que les formes en -ass- des subjonctifs imparfaits, comme brèves toutes celles se terminant par une consonne implosive prononcée (marque, acte, èpargne, large, masque, faste)25.

Ainsi qu’on peut le voir dans le tableau 4, il donne enfin, pour bon nombre de terminaisons, une règle plus ou moins générale qui souffre des exceptions.

Andry de Boisregard a, lui aussi, des idées assez précises (tabl. 5) de la répartition des a longs et brefs en fonction du contexte26.

Comme, « la plus grande, & presque la seule difficulté, à l’égard de la Langue Françoise, consiste dans les pénultiémes sylabes », La Touche limite son étude à celles-ci, que la terminaison des mots soit masculine ou féminine. Il reconnaît les a longs résultant d’une contraction vocalique (aage, baailler) ainsi que ceux résultant de l’amuïssement d’un s implosif (paste, taster, pâle, fâcher, âpre, Pâque, folâtre, plâtre). Il considère de plus comme long tout a devant double r (larron, barreau), devant simple r suivi de e féminin (égare) et devant s ou z intervocalique (vase, base, raser, azur). Il entend longue la terminaison -asse de l’imparfait du subjonctif, ainsi que la plupart des mots en -aille et des formes des verbes en -ailler (bataille, écaille, vaille, tenaille, je raille, il criaille, tu rimailles, tailler), à l’exception de médaille et des formes des verbes bailler (donner), travailler, émailler, détailler.

Situation

a long

a bref

-abe

généralement bref

souabe, crabe

astrolabe

-able

généralement long

fable, sable, ensabler, diable, habler, cable, accabler, rable, jable, jabler

admirable, aimable, estimable etc., table.

-abre

généralement bref

se cabrer, sabre, Calabre, cinabre


-ace

généralement bref

espace, grace, lacer

préface

-ache

généralement bref

Eustache

-acle

généralement bref

racle, miracle, spectacle, obstacle

-acre

généralement bref

acre (adjectif)

diacre, consacrer, acre (de terre)

-ade

généralement bref

malade

-adre

quadre, escadre, cadrer

ladre

-afe / -aphe

généralement bref

agrafe, agrafer, épitaphe

-age

généralement bref

aage, nage (et nager)

avantage, langage, voyage et tous les mots en -age

-ague

généralement bref

bague, extravaguer

-aill + voyelle

généralement long

paille, muraille, caille, ècaille, ècailler, antiquaille, maille, ferrailles, batailles, épousailles, réprésailles, tailles, tailler, tailleur, ailleurs, paille, futaille, tenailles, fiançailles, canailles, encanailler, bailler (sans précision), batailler, brailler, criailler, ècailler, bailly, baillage, baillon, bataillon, Versailles

travailler, détailler, èmailler, médaille, taillandier.

-ale

généralement bref

cabale, sale

-ape

généralement bref

pape, nape, èchaper

-aple

généralement bref

Naples

-apre

généralement bref

capres, apre

-aque

généralement bref

Jacques, caque (baril)

zodiaque, plaques, claquer, hypocondriaque, attaque, attaquer

-asse

généralement bref

chasse (de saint), enchasser, grasse, basse, sasser, casse, masse, masser, ramasser, entasser, casser, passer, lasser

chasse, chasser, cuirasse, brasse, embrasser, masse, imparfaits du subjonctif en -ass-

-ate

généralement bref

Pilate

agate, fregatre, Socrate, pirate, frelater, ingrate

-atre

généralement bref

atre, théatre

batre, combatre

-ave

généralement bref

conclave, entrave, esclave, grave, octave

brave, cave, rave, paver

-axe

généralement bref

Saxe, taxe, taxer, Sintaxe

Tableau 4. Les terminaisons dont la quantité varie, selon Hindret

La quantité indiquée pour l’infinitif vaut en principe pour toutes les formes du verbe, indépendamment de la position qu’y occupe la syllabe concernée. Les a longs résultant d’un s amuï ne sont pas inclus dans ce tableau, ainsi que les cas expressément désignés comme « sans exception » par Hindret : -are, -arre, -ase (a long) et a suivi de consonne implosive prononcée (a bref).

Situation

a long

a bref

devant b

généralement bref

sable, rable, chable, fable, sabre, sinabre

abord, abri, absous, abstrus, abus, habit, admirable, effroyable, venerable, capable, table, estable, establir

devant deux b : abbé, abbois

devant c

généralement bref

grace

tabernacle, miracle, oracle27, achat, acier, glace, face, trace, tracer, place, placer, besace, grimace, hache

devant d

généralement bref

ambassade, barricade, mousquetade, estrade, boutade, rade, colonade, adam, adroit.

devant f

généralement bref

rafle, rafler

afin, affreux, affront.

devant g

généralement bref

age, agé

agir, agneau, aguet, sage, visge, personnage, hommage, paysage, feuillage, ramage, bocage, fourrage

aill + voyelle

généralement long

bailler (au sens de donner), maillet, maiiot, medaille, espailler, jaillir, rejaillir, assaillir,

paille, caille, Versaille, escaille, vaille, aille, railler, bailler

devant l

généralement long

rale, raler

aller, estaller, avaler, cavale, bale, ovale, théologale, régale, halle, aloy

devant p

généralement bref

capre

appast, appel, appuis, appris, aprés atraper

devant r suivi d’une consonne

généralement bref

écharpe, farce, carpe, garde, regarde, charge, barbe, arbre, marbre, larcine

devant r suivi d’une voyelle

généralement bref

devant r suivi d’un e féminin (je m’égare)

égarer, baron, fanfaron, macaron

devant rr

généralement long

carrosse, carreau, carré, barreau, barre, barré, larron, marron

devant l’s ou le z, lorsque l’s a le son du z (autrement dit, s intervocalique)

généralement long

razer, caze, baze, vaze, emphaze, extaze, évazion (pour Saint-Réal, évazion a l’a bref)

devant s prononcé suivi de t

généralement bref

faste, vaste, chaste, casqe, masque, plastron, bastion

devant s non prononcé suivi d’une cosonne

toujours long

haste, haster, taster, paste, pasté, gaster, gasteau, aspre, alebastre, plastre, pasle, pasleur, folastre, folastrer

devant ss

chasse (biere), enchasser, basse, tasse, entasser, casser, passer, passion

assaut, assassin, assis, chasse, chasser, masse, terrasse, fasse, le Tasse

devant t

généralement bref

mots en -ation : collation, prédication, appellation, nation, vocation, obligation, admiration, mais il ne faut pas trop traîner. Pour Saint-Réal, ces a sont brefs.

atour, attrait, bateau, batre, combatre

devant v

avant e féminin : grave, cave, vave, concave, brave, entrave, Gustave, lave

gravier, avoir, graver

Tableau 5. La quantité des a, selon Andry

Il donne aussi une liste de mots dont il considère l’a comme long : cable, cabler, chabler, acabler, sable, sabre, sabrer, cinabre, fable, cabrer, délabrer, rable, grâce, racler, âcre, quadre, esquadre, madre, rafle, rafler, câpre, Pâris, amasser, ramasser, basse, basset, basson, baster, brasseur, casse, casser, châsse, châssis, classe, échasse, enchâsser, entasser, lasse, lasser, delasser, passer, tasse, âtre, théâtre, idolâtre, marâtre, qui recoupe en tout cas partiellement les listes données par les dictionnaires de rimes. Enfin, l’a est « un peu long » dans passion et les mots en -ation28.

Pour Buffier29, l’existence en français de syllabes longues, dont la durée est double de celle des syllabes ordinaires ne fait pas de doute. Seulement, « la quantité de ces silabes longues n’a lieu qu’au regard des dernieres silabes, ou des penultiémes dont la suivante renferme un e muet ; car cet e muet ne donnant à la derniere silabe qu’une prononciation sourde & obscure, il laisse tomber le fort de la prononciation sur la pénultiéme, qui en cette ocasion aussi-bien qu’à la fin de nos vers est la derniere silabe sur quoi l’on apuie ». Contrairement à La Touche, il adopte donc un point de vue « métrique » qui l’amène à se concentrer, malgré le fait qu’il ignore cette notion, sur les syllabes accentuées. En conséquence, et contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il considèrera qu’une syllabe donnée, longue lorsqu’elle se trouve en pénultième féminine, perd tout ou partie de sa quantité dans les autres positions. Ainsi, pour lui, si a est bien long dans âge, il ne l’est vraisemblablement plus, ou plus autant, dans âgé. Dans les éditions ultérieures, il exceptera de cette règle les cas où, comme pour tacher et tâcher, battit et bâtit, Paris et Pâris, mari et marri, faire entendre la quantité d’une syllabe inaccentuée permet de lever une ambiguïté. Appliquées à la voyelle a, les règles qu’il donne permettent de déterminer les a longs dans les finales masculines :

Il mentionne aussi quelques terminaisons féminines « qui rendent les pénulitiémes silabes longues » :

Les autres terminaisons féminines sont en général brèves, aux exceptions près qu’il énumère : acre, lache, tache (mais non pas tache, souillure), fache, age, hale, pale, rale, jaque, Paque.

Pour D’Olivet30 (tabl. 6), qui accorde une attention particulière aux terminaisons féminines, la quantité de l’a se conserve en règle générale lorsqu’une terminaison féminine devient masculine (par exemple lorsque sābre devient sābrer). Il ne rejoint Buffier que pour les mots en -āve : l’a long de grāve, par exemple, devient bref dans aggrăver.

Situation

a long

a bref

a formant un mot

le nom de la première lettre de l’alphabet

la préposition ă et la forme verbale ă

en début de mot

généralement bref

ācre, āge, āffre⁺, āpre, ārrhes⁺, ās⁺.

que la première syllabe soit ouverte (ăpôtre), fermée (ăltéré, ărgument⁺), ou qu’elle se termine par une consonne géminée (ăpprendre)

a en fin de mot


très bref dans les prétérits et futurs (il aimă, il aimeră), l’article , les pronoms mă, tă, să, les adverbes çă, lă, déjă, oui-dă ainsi que dans quelques mots du langage familier : papă⁻, dadă-, falbală⁻. On appuie un peu plus sur les substantifs (sofă, hocă, duplicată, agendă, Opéră⁻, & caeteră⁻) ainsi que les noms propres (Sabă⁻, Dalidă⁻, Cinnă⁻, Attilă⁻, Canadă⁻, Spă⁻) empruntés aux langues étrangères

a suivi d’une consonne finale

mots en -as ou -az

tous les pluriels (ou les singuliers en -s et en -z), même si la syllabe finale est brève au singulier (sacs etc.)

tous les autres cas (săc, nectăr etc.)

a suivi d’un r implosif à l’intérieur du mot

toujours bref


ărche⁻, mărche⁻, dărder⁻, fărder⁻, mărtial⁻, ărtiste⁻, mărge⁻, épărgne⁻, il părle⁻, ărme⁻, cărpe⁻, chărge⁻, bărque⁻, cărte⁻, bărbe⁺, bărque⁺

a suivi d’un s implosif à l’intérieur d’un mot

toujours bref


căsque⁻, fantăsque⁻, bourrăsque-, jăspe⁺, măsque, ăstre⁺

-abe

généralement bref

astrolābe, crābe⁺, arābe⁻

syllăbe⁻

-able

la plupart des substantifs : cāble, fāble, diāble, rāble, érāble⁻, sāble

certaines formes verbales : on m’accāble, je m’ensāble, il hāble.

bref⁺ (douteux⁻) dans les adjectifs en -ăble

douteux dans tăble⁻, étăble⁻ (D’Olivet a probablement été sensible à la remarque d’Estienne sur l’allongement relatif de la finale -age, dont il étend, en 1771, la portée aux adjectifs en -able)

-abre

toujours long

sābre, cinābre, il se cābre, tout se délābre. Cette syllabe conserve sa longueur dans la terminaison masculine : se cābrer, délābré


-ace

généralement bref

grāce, espāce, on lāce, délāce, entrelāce

audăce, glăce, préfăce, tenăce, vorăce

-ache

généralement bref

lāche, tāche (entreprise), gāche, relāche, je māche, on me fāche. La quantité se conserve dans la terminaison masculine : mācher, relācher

tăche (souillure), moustăche, văche, il se căche

-acle

toujours long⁻
généralement long⁺

rācle, débācle⁺, orācle⁻, mirācle⁻ obstācle⁻, tabernācle⁻, spectācle⁻

douteux dans orăcle⁺, mirăcle⁺, obstăcle⁺, tabernăcle⁺, spectăcle⁺

-acre

généralement bref

ācre (piquant), sācre⁻ (oiseau)

diăcre, năcre, ăcre (de terre), săcre (du Roi), săcre⁺ (oiseau)

-ade

toujours bref


aubăde, cascăde, făde, il persuăde, il s’évăde

-adre

cādre, escādre. Egalement longue avec l’E fermé : mādré, encādrer

lădre

-afe, -aphe

toujours bref


carăfe, épităphe, agrăffe

-afre, -affre

toujours bref⁻
généralement bref⁺

āffre⁺ (frayeur)

balăfre, săfre

-afle

toujours long

rāfle, j’érāfle. La même quantité se conserve quand l’E se ferme : rāfler, érāfler


-age

généralement bref

āge

Dans l’édition de 1771, citation de la remarque d’Estienne sur l’allongement relatif de la finale -age

-ague

toujours bref


băgue, dăgue, văgue, extravăgue

-aille

généralement long

long y compris quand l’E devient fermé : je rāille, rāille⁺ (probablement mis pour rāillé), rāiller⁻, il se débrāille⁺, débrāillé, il rimāille, rimāilleur⁺, māillé⁻, cāille⁻, batāille⁻, funérāilles⁻

au subjonctif⁻ : qu’il travāille⁻, qu’il batāille⁻, rien qui vāille

médăille, à l’indicatif⁻, dans je détăille, emailler-, j’émăille⁺, travailler⁻, je travăille⁺, je băille⁺ (je donne), je batăille⁻ (en 1771, il n’y a plus mention d’une différence de quantité entre indicatif et subjonctif)

-aillet, -aillir

toujours bref


măillet, păillet, jăillir, assăillir

-aillon

généralement long

hāillon, bāillon, pénāillon, nous tāillons

médăillon, batăillon, nous émăillons, détăillons, travăillons

-ale, -alle

toujours bref

Exceptions : hāle, pāle, un māle, un rāle, il rāle, dont l’a garde sa longueur lorsque la finale est masculine : hālé, pāleur, rāler

cigăle, scandăle, une mălle

-ape, -appe

toujours bref

Exceptions : rape, rāper

păpe, săpe, frăppe

-apre

toujours long

cāpre⁻, āpre⁻


-aque

toujours bref

Exceptions : Pâques, Jācques


-ar


très bref lorsque final ou suivi d’un c : nectăr, căr, păr, Césăr, ărc, părc
un peu moins bref lorsque suivi d’un d ou d’un t final : ărt, dărd, părt
L’édition de 1771 ne fait plus mention de cette nuance

-are

toujours long

avāre⁻, barbāre⁻, je m’égāre, thiāre, je prépāre⁺

devient bref lorsque la dernière syllabe n’est pas muette : avarice⁻, je m’égarois⁻, égaré⁺, préparant⁺, barbarie

-arre

toujours long

bārre, bizārre, ārrêt⁺
conserve sa quantité lorsqu’il n’est pas final : barreau⁻, barriére⁻, je barrerai⁻, larron⁻, carrosse⁻, carriére⁻


-ari, -arie⁻, -arri⁺

toujours bref

Exceptions : hourvāri, mārri, mārrie⁻, équārri⁺

mări, pări, Mărie, barbărie

-as

généralement long

Que l’s final se prononce : Pallās, un ās⁺

Ou qu’il ne se prononce pas : tās, grās, tu ās, tu jouerās

Quelquefois, dans la conversation sur-tout, l’A de certains mots est fermé, & alors la syllabe est brève : du taffetăs⁻, du cannevăs⁻, le brăs⁻. Mais ces mêmes mots deviennent longs au pluriel : de beaux taffetās⁻, les deux brās⁻. L’édition de 1771 a oublié ces nuances et s’en tient à la règle générale

-ase

toujours long

hāse⁻, Pégāse⁻, emphāse⁻, bāse⁺, extāse, rāser⁻

Ces a peuvent perdre leur longueur lorsque, au lieu d’être féminine, la syllabe suivante est longue : extăsie⁺

-asse

généralement bref

Exeptions : substantifs bāsse, cāsse, clāsse, échāsse, pāsse, nāsse, tāsse, savantāsse⁻, chāsse (de Saint), māsse (terme de jeu)

adjectifs bāsse, grāsse, lāsse

verbes il amāsse, enchāsse, cāsse, pāsse, compāsse, sāsse

Tous ces mots conservent leur quantité lorsque la dernière syllabe devient masculine : chāssis, cāsser, pāsser

Formes du subjonctif en -âsse, -âsses et -âssent

Formes du subjonctif en -assions⁻, -assiez⁻

-at

généralement bref

bāt (de mulet), māt, appāt, dégāt

Formes du subjonctif en -āt

avocăt, éclăt, plăt, chocolăt, on se băt

-ate, -ates

toujours bref

Exceptions : hāte, pāte, il appāte, il gāte, il māte, il démāte

formes du passé simple en -âtes


-atre, -attre

généralement long

idolātre, théātre, opiniātre, emplātre⁺

quătre, băttre et ses dérivés

-ave

plus souvent long

entrāve, grāve, conclāve, je pāve⁻, un homme brāve⁺


Ces a deviennent brefs lorsque la dernière syllabe est masculine

răve, căve, on păve, un brăve homme⁺


grăvier, păveur⁻, conclăviste, aggrăver.

-avre

toujours long

cadāvre⁺


-ax, -axe

toujours bref


Ajăx, thorăx, tăxe, parallăxe

Tableau 6. La quantité des a, selon D’Olivet.

Les exemples ne figurant que dans l’édition de 1736 sont marqués d’un ⁻, ceux ajoutés entre 1736 et 1771 marqués d’un ⁺.

En résumé, et comme cela ressort aussi de la synthèse de Thurot31, les grammairiens, s’ils s’accordent en de nombreux points, ne sont pas unanimes quant à la quantité d’un certain nombre d’a. Ils cherchent en effet à clarifier des oppositions [A]-[] (ou [a]-[ɑ]) qu’ils entendent, mais ils se heurtent à la variabilité des usages. Ils sont aussi parfois prisonniers de présupposés théoriques de latinistes. Quoi qu’il en soit, le tableau qu’ils brossent de l’opposition a bref-a long n’est pas sans rappeler la situation qui a prévalu en français standard pour l’opposition a antérieur-a postérieur (les chiffres correspondent à ceux du tableau figurant en début de chapitre) :

  1. Contraction vocalique : le caractère long de âge et baaille n’est pas contesté. Un certain nombre de grammairiens considèrent comme bref l’a des mots dérivés de -aticum (courage, etc.), ce qui rejoint l’usage actuel où cet a est antérieur.

  2. Amuïssement d’un s et â : l’allongement de l’a qui précède est universellement attesté. Du Bellay32 condamne en particulier la rime bast : bat au motif que l’un est long et l’autre bref. Chifflet33 semble être le seul grammairien à décrire comme bref l’a des subjonctifs imparfaits (chantât), en conformité avec la pratique des versificateurs et avec l’usage moderne.

  3. L’-as final est universellement considéré comme long. Certains grammairiens tentent de décrire quelques exceptions, notamment en ce qui concerne les formes verbales, mais il ne s’en dégage rien de cohérent. Les pluriels en -ats, -acs, etc. sont longs aussi pour les grammairiens.

  4. Ils sont unanimes à reconnaître l’effet allongeant du son [z] sur la voyelle précédente. Ainsi, l’a des mots en -ase est-il, pour eux, long.

  5. Les avis sont extrêmement partagés pour les mots en -ave. Il existe néanmoins une nette tendance à considérer leur a comme long.

  6. D’une manière générale, les mots en -asse sont plutôt donnés comme longs alors que ceux en -ace (à l’exception de grâce) sont donnés comme brefs. Du Bellay interdit explicitement la rime passe : trace, en invoquant cette différence de quantité.

  7. L’a des mots en -aille est généralement long, avec certaines exceptions qui recouvrent partiellement les cas où cet a est antérieur en français standard.

  8. L’a de grâce, cadavre, affres est en général considéré comme long, alors que celui de miracle, oracle est plutôt ressenti comme bref. Là encore, il n’y a pas de réelle cohérence dans les témoignages des grammairiens.

  9. L’a d’âme, de blâme, d’infâme est considéré comme long alors que celui de dame et de femme estle plus souvent reçu comme bref. Chifflet affirme même qu’« en poësie ce seroit une faute de faire rimer, blâme avec dame » et ne semble pas conscient du fait que les meilleurs auteurs commettent couramment cette « faute ».

  10. Le double r est généralement considéré comme allongeant : barre, tintamarre, guitarre (sic). Ces a sont antérieurs en français standard.

Les grammairiens ne discutent pas spécifiquement de ce que nous distinguons comme des syllabes « inaccentuées » : le cadre théorique dans lequel ils évoluent ne connaît pas cette distinction. Pour la plupart d’entre eux (Buffier est probablement le premier à faire exception), la quantité d’un a donné semble bien être une caractéristique attachée à la racine du mot : elle ne variera pas, par exemple, selon qu’on trouvera un a déterminé sous l’accent dans une terminaison féminine ou relégué comme pénultième d’une terminaison masculine. Il n’est, pour le reste, pas possible, sur la base de leurs témoignages de dégager des indications précises. Il n’y a, en particulier, aucune unanimité pour ce qui est des mots en -ation.

L’ère des chanteurs

La place exacte de l’a chanté dépend probablement autant de la technique vocale utilisée que de facteurs strictement phonétiques. Il est néanmoins intéressant de s’interroger sur l’existence d’une opposition [a]-[ɑ] dans les écrits des chanteurs.

Baïf, dans son alphabet, utilise le même caractère a pour désigner a long et a bref, alors qu’il a par exemple fait forger deux caractères distincts, ô et o pour o long et o bref. On en déduit que, comme les grammairiens, il ne reconnaît qu’un seul timbre pour a34. En revanche, il n’est pas rare qu’il marque ses a, soit du signe de la brève, soit d’un circonflexe ou d’un macron caractérisant la longueur. L’appréciation de la quantité chez Baïf est complexe car, comme la prosodie antique, son système repose sur la quantité des syllabes et non directement sur celle des voyelles. Ainsi compte comme longue une syllabe dont la voyelle, même brève, est suivie de plusieurs consonnes.

Ce sont les a que Baïf coiffe d’un circonflexe qui peuvent être considérés comme longs « par nature » : a®je, a®me, ga®te, gra®se, etc. Sont aussi du nombre la plupart des finales en -as. Mais de très nombreux a qui ne portent jamais de circonflexe, comme ceux des dérivés de -aticum (langage, usage, courage), et que Baïf n’aurait probablement pas considérés comme longs par nature, occupent plus ou moins régulièrement des positions métriques longues. Baïf est donc, ce n’est pas surprenant, nettement plus proche des versificateurs qui tolèrent des allongements de circonstance, que des grammairiens.

Mersenne35 décrit trois a : un a long, un a bref et un a douteux, pour lesquels il ne mentionne aucune différence de timbre alors qu’il détaille deux timbres pour l’o et trois timbres pour l’e. Il reconnaît comme long l’a d’âge.

Bacilly36 ne fait pas de distinction explicite entre [a] et [ɑ]. Il oppose néanmoins les interjections Ah! (plainte et douleur) et Ha! (plaisir) : pour la première, « la bouche doit estre fort ouuerte » alors que pour la seconde, « il faut ouurir la bouche en souriant, & plus en large qu’en long ». La voyelle de Ha! est donc nettement antérieure et rétractée alors que celle de Ah! est plus ouverte, certainement plus sombre, peut-être plus postérieure. D’autre part, Bacilly décrit un artifice consistant à n’ouvrir que progressivement la bouche lorsqu’un a est chanté sur une note longue ou un port-de-voix. Les exemples qu’il donne (pas et trépas) concernent des a longs et donc susceptibles d’être postérieurs dans la prononciation ordinaire. Dans tous les cas, les nuances qu’il décrit appartiennent au domaine de la pose de voix et de l’expression plus qu’à celui de l’opposition linguistique. La voyelle a est d’ailleurs la seule pour laquelle il décrit une variation expressive du timbre.

Pour Brossard37, l’a se prononce « la Bouche bien ouverte, les Lèvres bien séparées, & sur tout les Dents bien desserrées, c’est-à-dire, qu’il faut que la Machoire d’en bas soit tellement baissée, ou separée de celle d’en haut, que du moins la Langue puisse passer librement entre les Dents. » Selon lui, « on ne peut trop desserrer les Dents, ny separer les deux Machoires l’une de l’autre, puisque c’est le vray moyen de bien faire entendre la Voyelle A, de faire sortir librement la Voix, de la rendre naturelle, éclatante &c. » Pas trace, chez lui, d’une opposition [a]-[ɑ], si l’on excepte une remarque concernant l’interjection Ah!, qui doit se prononcer « comme une double aa » (certainement un a long, peut-être un a postérieur), suivi d’un « coup d’Estomach qui marque l’Aspiration ». Comme chez Bacilly, on a quitté le domaine de la langue pour celui de l’expression. Brossard met de plus en garde contre le défaut de « ceux qui poussent leur Voix du creux de l’estomach, ou du fond du Gosier  Ce qui fait qu’au lieu de prononcer l’A tout pur, ils supposent une Aspiration, ou une H, devant, ce qui leur fait prononcer Ha au lieu d’A. » L’ajout d’h est comme chacun sait un défaut très répandu chez les chanteurs débutants. Il n’est pas exclu qu’en parlant du « fond du Gosier », Brossard ait aussi voulu les prémunir contre des a trop postérieurs.

Bérard38 décrit un a « ouvert », qui « se prononce en ouvrant la bouche en large & comme en riant et un a fermé, qui demande un semblable, mais moindre mouvement ». Quoiqu’on ait l’impression que, pour lui, « a ouvert » puisse correspondre à [a] et « a fermé » à [ɑ], on ne peut pas en être certain car il ne donne pas d’exemple. D’autre part, l’a est décrit comme une lettre « gutturale », mais ce qualificatif ne veut pas dire grand-chose chez Bérard, car il l’applique à toutes les voyelles.

Lécuyer39, en 1769, est le premier chanteur à mentionner sans équivoque l’opposition [a]-[ɑ]. Il distingue en effet l’« a ouvert marqué d’un accent circonflexe » (âge, flâmme), et donc [ɑ], de l’« a clair » (Bocage, ramage, la, ma, sa), et donc [a]. Il mentionne aussi un « a moyen » (à, là).

En pratique

D’une part, on a donc les grammairiens qui tentent de cerner le plus précisément possible une opposition linguistique qu’ils analysent en termes de quantité ([A]-[]), mais qui a peut-être déjà, depuis une date relativement ancienne, une nuance qualitative ([a]-[ɑː]) dans certains usages. De l’autre, les versificateurs qui se soucient peu de cette distinction et n’hésitent que rarement à associer, à la rime, des a manifestement longs avec des a probablement brefs selon les canons des grammairiens.

Faut-il en conclure que les grammairiens radotent ? Que, dans leurs subtils distinguos, ils poursuivent des chimères ? Cela semble être l’avis de Straka40, pour qui tous ces a devaient être prononcés postérieurs et longs dans la conversation soignée du xviie siècle. La situation qui a prévalu en français standard, et qui présente un grand nombre de similitudes avec les observations des grammairiens, rend cette thèse difficilement soutenable.

Faut-il, au contraire, penser, avec certains théoriciens modernes de la versification, que ces rimes « [a]-[ɑ] » sont défectueuses ? Qu’elles vont « contre le son » ? Cela n’est pas non plus soutenable : sauf coquille ou maladresse isolée, une rime, même licencieuse, est et reste une rime. Si elle paraît défectueuse à nos oreilles, c’est que nous n’appréhendons pas correctement la réalité sonore qui prévalait au moment où elle a été écrite, récitée et chantée. Dans la bouche d’un orateur ou d’un chanteur compétent, elle devait nécessairement sonner de manière pure, dût-elle pour cela s’écarter de la prononciation la plus usuelle.

Je pense que la solution de ce problème est à chercher dans le clivage qui existait entre la conversation ordinaire, même soignée (le bon usage) et la déclamation ou le chant (le bel usage). Alors que, pour la voyelle e, la prononciation soutenue exige que soient marquées le plus nettement possible les oppositions de timbres, les rimes « [a]-[ɑ] » sont, paradoxalement, révélatrices d’une neutralisation, en déclamation et tout au moins à la rime, de l’opposition [a]-[ɑ] (ou a bref - a long) qu’a pu connaître la langue. L’apparition tardive de l’a postérieur en français peut expliquer ce phénomène : il est fort probable que les conventions qui régissent la rime se soient mises en place avant les premiers a vélarisés. Dès lors, l’émergence de ce nouveau timbre était de nature à compromettre la pureté de rimes auparavant considérées comme parfaites, raison de son rejet par la tradition de la déclamation. Ce n’est que très tardivement (dans la seconde moitié du xviiie siècle, soit un demi-siècle après sa reconnaissance par les grammairiens) que l’opposition linguistique [a]-[ɑ] fait timidement son apparition dans les traités de chant41.

Qu’en est-il de la quantité ? Les premiers allongements d’a sont nettement plus anciens que leur vélarisation. D’autre part, dès l’origine, les grammairiens reconnaissent l’opposition a bref - a long. J’y vois des arguments en faveur d’une entrée précoce de l’a long dans la déclamation. La prononciation soutenue devait de plus favoriser un certain allongement des syllabes qui correspondaient aux « posés » du vers, dont le plus important est bien sûr la rime. C’est donc par de tels allongements de circonstance, que décrit d’ailleurs fort bien La Noue, qu’on peut expliquer que des mots qui, dans le discours familier, avaient un a bref, aient continué à rimer de manière parfaitement harmonieuse avec des mots qui prenaient l’a long. Cela est d’ailleurs confirmé par Lancelot en 1663 :

Il faut éviter autant qu’on peut d’allier les rimes Feminines qui ont la penultiéme longue avec celles qui l’ont breve. Neanmoins il y en a de supportables, sur tout dans l’A, parce que cette voyelle estant toûjours assez pleine de sa nature, la difference du bref au long n’est pas si grande qu’elle ne puisse estre facilement aidée et corrigée par la prononciation, comme entre grace et place. Mais elle est tout-à-fait mauvaise dans l’E, comme qui voudroit rimer prophete avec feste.42

Quelques années plus tard, on trouve du reste un un témoignage tout à fait convergent chez Richelet :

Madame Aubri tout à la fois

A perdu l’esprit & la voix ;

Elle est toûjours tremblante & pasle,

Ne parle que de linge sale.

&c.

Cette regle soufre exception. Il est quelquefois libre de joindre une rime feminine longue avec une rime feminine bréve, principalement lors que ces rimes ont en leur penultiéme un a, & que cet a Dans la rime longue n’est point accompagné d’une s.

Il forme chaque membre, & le range en sa place

Le nourrit de son sang, le soûtient de sa grace.

La rime de ces deux Vers, & autres pareils, est bonne, à cause que l’a n’est pas joint avec une s dans le mot de grace ; & qu’estant une voyelle d’un son tres-plein, la diference du long au bref est aisément corrigée par la prononciation. Mais lors que cette diference ne sçauroit se corriger, les rimes ne valent rien. Ainsi on ne pense pas que ces Vers d’un excellent Esprit puissent estre fort approuvez.

Est-il juste, apres tout, qu’un Conquerent s’abaisse

Sous la servile loi de garder sa promesse ?

(M. Racine, Andr. Acte I Sc. 5)43

En résumé, on peut donc affirmer que le chant n’a, jusqu’à une date très tardive (arbitrairement, 1750), connu, pour a, qu’un seul timbre, proche de celui de l’a antérieur. Pratiquement, il faut, je crois, recommander aux chanteurs (et aux diseurs) de ne jamais chercher à marquer l’opposition [a]-[ɑ], mais au contraire de rechercher un a unique, vocalement confortable et plutôt antérieur. Lorsque la musique le permet, ainsi que dans la déclamation parlée, il est sans aucun doute élégant d’allonger les a qui le requièrent, même si certains d’entre eux sont brefs aux yeux des grammairiens : le parfait rendu de la rime ne souffre aucune concession.

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Notes

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  1. D’après Fouché, Phonétique historique, p. 243-6 et Traité de prononciation, p. 56-63; Grammont, La Prononciation, p. 25-32.

  2. Fouché, Phonétique historique, p. 243-4.

  3. J’ai noté, par exemple, dans le Charroi de Nîmes, (laisse LI), gaste (futur a long) et barbe (très vraisemblablement bref) en assonance.

  4. Lais et descorts français, p. 28, in Aubry, Mélanges de musicologie critique.

  5. Rutebeuf, Œuvres complètes de Rutebeuf, I, p. 100-109.

  6. J’en ai noté aux pages 11, 13, 22, 166, 193, 195, 247, 260, 267, 268, 296, 359, 373, 421, 477, 561, 562, 573 et 596 des Poésies lyriques de Guillaume de Machaut.

  7. Langlois, Recueil d’arts, p. 483-492.

  8. Straka, Les Rimes classiques, p. 96-105.

  9. Cité par Fouché, Phonétique historique, p. 244.

  10. S’agissant du son a, l’usage des qualificatifs ouvert et fermé est complètement incohérent, même chez les phonéticiens modernes. Alors que, si l’on considère strictement l’aperture, [ɑ] est effectivement légèrement plus ouvert que [a], ce qui amène par exemple G. Zink, Phonétique historique, p. 21, à parler de l’â ouvert, d’autres auteurs comme Lote, Histoire du vers, III, p. 140 ou Carton, Introduction, p.38, considèrent [ɑ] comme fermé et [a] comme ouvert, sans doute eu égard à l’ouverture des lèvres. Les termes a aigu et a grave, parfois rencontrés, sont sujets aux mêmes hésitations et inversions : c’est la raison pour laquelle je ne parle que d’a antérieur et postérieur.

  11. Bernard Lamy, Art de parler, éd. 1688, p. 162, cité par Picoche, Histoire de la langue française, p. 198.

  12. Ramus, Grammaire, p. 10-11.

  13. Boindin, Œuvres, p. 11, 25, 26. Cité par Thurot, II, p. 570 et Fouché, Phonétique historique, p. 244.

  14. De La Touche, L’Art de bien parler françois, p. 4.

  15. D’Olivet, Prosodie, édition de 1736, p. 57-58. Dans l’édition de 1771, p. 75, l’a de rāpe, rāper est, comme par oubli, encore mentionné « ouvert, & long » et celui de la finale -as comme « très-ouvert ».

  16. Peletier, Dialogue, p. 118, 3.

  17. Peletier, L’Amour des Amours, p. 38, 79, 85, 160, 226, 227.

  18. Peletier, L’Amour des Amours, p. 48, 139.

  19. Estienne, Hypomneses , p. 5-10 et 78.

  20. Bèze, De Francicae linguae recta pronuntiatione, p. 78-80.

  21. Oudin, Grammaire (1632), p. 38-40.

  22. Chifflet, Essay d’une parfaite grammaire, p. 174-176.

  23. Hindret, L’Art de prononcer parfaitement, p. 581-584.

  24. Hindret, L’Art de prononcer parfaitement, p. 588-598, 623-624, 638-639, 642, L’Art de bien prononcer, p. 136.

  25. Hindret, L’Art de prononcer parfaitement, p. 596-625, 641.

  26. Andry de Boisregard, Réflexions, p. 470-475.

  27. Dans la Suite des réflexions, p. 270, Andry maintient, contre l’avis de Saint-Réal (t. IV, p. 317), que les a de oracle et miracle sont brefs.

  28. De La Touche, L’Art de bien parler françois,p. 69-76. ci

  29. Buffier, Grammaire françoise, p. 397-406.

  30. D’Olivet, Prosodie françoise, p. 57-70 de l’édition de 1736 et 69-78 de l’édition de 1771.

  31. Thurot, II, p. 561-726.

  32. Du Bellay, Deffence et illustration, lib. II, cap. VII.

  33. Chifflet, Essay d’une parfaite grammaire, p. 174 et 176.

  34. La raison d’être de ces deux o n’est pas forcément phonétique : Baïf a pu n’agir que par « héllénisme », cherchant à reproduire en français l’opposition omicron-oméga.

  35. Mersenne, Embellissement des chants, p. 377-8, in Harmonie universelle, vol. 2 du fac-similé.

  36. Bacilly, Remarques, p. 258-260.

  37. Brossard, Traité, p. 333.

  38. Bérard, Art du chant, p. 55.

  39. Lécuyer, Principes, p. 8.

  40. Straka, Les Rimes classiques, p. 62.

  41. Compte tenu de la place restreinte qu’occupe l’a postérieur dans l’histoire de la langue française, en particulier de son apparition tardive, de sa non-reconnaissance par les grammairiens et de son caractère vraisemblablement peu soutenu, l’affirmation de Verschaeve, Traité de Chant, p. 47, selon laquelle, au xviiie siècle, « les a de Hélas ou âme se déclament ou se chantent ô (ce même ô que disent encore actuellement les Canadiens) » est à proprement parler incompréhensible. Comme il ne cite pas sa source, on ne peut que se demander quel témoignage, isolé ou tardif, peut bien justifier cette « curieuse remarque ».

  42. Lancelot, Regles de la poesie françoise, Quatre traitez de poësies, p. 63. Cité par Ekman in Dangeau, Opuscules, p. 183-4.

  43. Richelet, Versification, p. 202-204.