4. LES DIPHTONGUES

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Diphtongues, digrammes et compagnie



En 1548, Sébillet consacre un chapitre entier de son Art poëtique françois1 aux diphtongues et à leur prononciation. Quel rapport avec l’art poétique, se demande tel éditeur moderne, étonné que le chapitre en question ne se limite pas aux traditionnelles questions de diérèse et de compte des syllabes ? Sébillet nous rappelle tout simplement que, de son temps, la diction des vers, sous ses aspects phonétiques, est partie intégrante de l’art poétique, tout comme la prononciation appartient de plein droit à la rhétorique2.

Mais revenons au commencement : langue relâchée à ses origines, le français comportait alors de nombreuses diphtongues. Du fait d’importantes variations de l’énergie articulatoire, le timbre des voyelles avait tendance à se modifier en cours de route : peu de syllabes reposaient sur une seule voyelle stable. Une diphtongue se produit lorsque, au contraire, deux voyelles se font successivement entendre au sein d’une même syllabe. En principe, l’une de ces deux voyelles constitue le « noyau », c’est celle sur laquelle la syllabe repose, celle dont le son est proéminent. L’autre fait office de son de transition entre le noyau et ce qui suit ou précède directement.

Le français standard est une langue tendue : l’énergie articulatoire est régulièrement répartie tout au long des syllabes. Les voyelles y sont tenues de manière stable et il ne se produit plus aucune diphtongue. La graphie étant par nature conservatrice, de nombreux digrammes ont étés maintenus jusqu’à nos jours, fossiles de diphtongues passées. J’emploie ici le terme de digramme3 lorsque deux voyelles apparaissent successivement dans la chaîne graphique au sein d’une même syllabe.

Schématiquement, on peut dire que, aux origines de la graphie du français, les digrammes transcrivaient des diphtongues. Au fur et à mesure de la simplification et de la disparition de celles-ci, les mêmes digrammes se sont mis à ne plus traduire que des sons vocaliques simples (ou, ai, eu), ou alors la succession d’une semi-voyelle (donc, phonétiquement parlant, d’une consonne) et d’une voyelle (ie, oi).

Le français médiéval comportait de plus quelques triphtongues (trois voyelles se faisant entendre successivement au cours de la même syllabe, comme eau), pour lesquelles on peut, symétriquement, créer le terme de trigramme.

Les digrammes et trigrammes du français sont abordés de manière systématique dans les chapitres qui suivent. Certains d’entre eux, comme oi, ont une histoire riche et spécifique qui mérite d’être détaillée. Pour d’autres, comme ai ou ou dont l’histoire se confond précocement avec celle d’une voyelle simple, il suffit le plus souvent de renvoyer le lecteur auxdits chapitres, ce que l’hypertexte rend aisé. Je m’efforce néanmoins de garder dans tous les cas l’organisation des chapitres en ères utilisée pour les voyelles simples. Les diphtongues nasales sont traitées au chapitre des voyelles nasales.


Diphtongues : Chapitres et paragraphes, avec les liens pour y parvenir. 
AI AU EI EU IE OI OU UE UI
Français standard * * * * * * * * *
L’ère des scribes * * * * * * * * *
L’ère des grammairiens * * * * * * * * *
L’ère des chanteurs * * * * * * * * *
En pratique * * * * * * * * *


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Notes

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  1. Goyet, Traités de poétique et de rhétorique, p. 84 et sq.

  2. Longtemps obnubilés par l’écrit, les littéraires redécouvrent depuis peu ce qui, pour le chanteur, est un truisme : l’importance de la dimension sonore et orale de la poésie. Voir par exemple La Voix au xviie siècle, ou A haute voix et, dans ce dernier ouvrage, la contribution de Buron.

  3. digramme est parfois employé aussi pour désigner un groupe de deux consonnes figurant un son unique, comme ch.