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De A à Y



Dans l’organisation de ces chapitres, je classe les voyelles en fonction de leur graphie et non de leur sonorité. Cela signifie, par exemple, que le son figuré par le digramme ai, même s’il correspond au son [è], n’est pas traité en détail au chapitre e, mais à celui des digrammes. J’ai choisi ce découpage parce que le chanteur, ou du moins celui auquel je m’adresse, est tout d’abord un lecteur, censé restituer à un texte une sonorité adéquate, en choisissant parmi diverses prononciations possibles. Sa démarche va donc de l’écrit vers le sonore. Il est cependant clair que des termes comme voyelle, consonne, syllabe sont ambigus puisqu’ils sont susceptibles de référer tantôt au sonore, tantôt au graphique. Je m’en tiens néanmoins à cette terminologie traditionnelle et accessible à chacun en essayant d’éviter les ambiguïtés lorsqu’elles risqueraient de porter à conséquence.

Pour chaque voyelle, je conserve une subdivision en trois « ères » : celle des scribes, seuls témoins de la langue du Moyen Âge, celle des grammairiens, commençant avec la Renaissance, et celle des chanteurs, à laquelle je rattache déjà Baïf, mais qui touche surtout la période baroque. Ces ères ne correspondent pas à des périodes strictement délimitées dans le temps dont chacune se terminerait avec le début de la suivante : l’arrivée des grammairiens ne rend pas caducs les témoignages des scribes, et de leurs descendants imprimeurs ou poètes. Le débat des grammairiens continue à être fort utile quand bien même les chanteurs s’expriment simultanément sur leurs usages spécifiques en matière de prononciation. Cependant, chacune de ces ères produit des documents spécifiques dont l’interprétation peut révéler des divergences. En particulier, il est souvent riche d’opposer le résultat d’une étude des rimes, fondée sur un matériau émanant des scribes et, plus tardivement, des traités de poétique et des dictionnaires de rimes, avec les témoignages des grammairiens sur une langue qui est loin d’être spontanée et populaire puisqu’elle prétend au titre de « bon usage », mais qui, plus utilitaire et moins soutenue que la déclamation poétique, a parfois fait des choix différents.

Chaque chapitre consacré à une voyelle commence en outre par une brève description de la situation en français standard, et se termine par un résumé pratique, à partir duquel un chanteur pressé devrait rapidement pouvoir faire les choix les plus importants.


Voyelles : Chapitres et paragraphes, avec les liens pour y parvenir. 
A E I O U Y
Français standard * * * * * *
L’ère des scribes * * * * * *
L’ère des grammairiens * * * * * *
L’ère des chanteurs * * * * * *
En pratique * * * * * *

J’ai souvent recours à la notion de syllabe accentuée. Le problème de la nature de l’accent du français, et de la manière dont il a pu influencer poètes et musiciens est traité dans la partie consacrée à la prosodie. Pour l’heure, j’entends simplement préciser que, selon une convention assez bien établie, je considère comme accentuée la dernière syllabe masculine de chaque mot français, c’est-à-dire la dernière qui contienne une voyelle qui n’est pas un e muet ([ë]). Font exception un certain nombre de monosyllabes dits clitiques, en fait les articles, les prépositions monosyllabiques, certains pronoms personnels, certaines conjonctions etc., qui sont considérés comme intrinsèquement inaccentués. J’évite en principe les termes tonique (pour accentué) et atone (pour inaccentué), peu appropriés à la nature de l’accent du français.

Le découpage du français en syllabes obéit aux conventions suivantes1 (je parle ici des syllabes en tant qu’entités sonores et non graphiques) :

Les voyelles du français portent la trace du grand bouleversement vocalique qui frappe le latin vulgaire dès le début de notre ère et modifie profondément la physionomie de la langue. À l’origine de ce « séisme », on invoque un changement de qualité de l’accent latin, dont le caractère primitivement mélodique s’est progressivement doublé d’une forte composante d’intensité.

Dans un premier temps, les oppositions de quantité que rendait possible l’accent mélodique du latin classique se transforment en oppositions de timbre : les voyelles brèves tendent à s’ouvrir et les voyelles longues à se fermer. Ainsi, alors que i et u longs ne peuvent se fermer davantage qu’ils ne le sont, i et u brefs s’ouvrent en [e] et [o] et rejoignent le produit de e et o longs. E et o brefs s’ouvrent en [è] et [ò] alors que a long et a bref fusionnent en [a]. Ce premier bouleversement touche toutes les voyelles du latin classique, indépendamment de leur situation (libres ou entravées, accentuées ou non). Dans un second temps, soit dès le iiie siècle, les voyelles qui sont à la fois accentuées et libres tendent à diphtonguer. Si l’on passe en revue le système vocalique du latin classique, on a donc :


Lat. classique Lat. vulgaire Diphtongaison Siècle Fr. moderne Exemple
u long [u] - - [y] virtūtem > vertu
u bref [o] [ou] vie [ø]-[ö] *gŭlam > gueule
o long flōrem > fleur
o bref [ò] [uo] ive cŏr > cœur
i long [i] - - [i] venīre > venir
i bref [e] [ei] vie [wa] *pĭram > poire
e long mē > moi
e bref [è] [iè] iiie [(j)é]-[(j)è] fĕrum > fier
a long [a] [aè] vie [e]-[è] cantātum > chanté
a bref pătrem > père


Alors que les voyelles accentuées mais entravées tendent en général à conserver le timbre qu’elles ont acquis en latin vulgaire, les voyelles inaccentuées, par contrecoup, tendent à s’amuïr.

Pour un exposé plus détaillé de ces phénomènes, qui sont à la base de l’évolution conduisant du latin au français on consultera avec profit les traités de phonétique historique mentionnés dans la bibliographie, et en particulier celui de G. Zink2. Le synopsis de H. Bonnard est aussi extrêmement utile pour en avoir une vision superficielle mais globale.


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Notes

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  1. Carton, Introduction, p. 77-80.

  2. Zink, Phonétique historique, p. 49 et sq.